02 juillet 2009
Tant qu'il y aura des couilles en or...
...il y aura des lames en acier
Encore une fois, un article excellent sur ce site.
Lisez-le, ça vous changera des conneries racistes qu'on nous débite en ce moment.
Non, la burqa n'est pas le marqueur d'oppression sexiste suprême, et l'islam n'a pas l'apanage du patriarcat, et les femmes musulmanes ne sont pas plus opprimées par leurs maris et par leur culture que les autres femmes.
Non, les hommes blancs hétéros de droite de notre gouvernement, et les médias de désinformation de masse de notre pays ne se mettent pas soudainement à défendre les droits des femmes sans raison - il ne s'agit encore une fois de rien d'autre que d'instrumentaliser les questions de femmes à des fins racistes.
Non, on ne peut pas libérer les gens contre leur volonté. Que les femmes qui choisissent de porter la burqa soient actrices de leur propre oppression, c'est possible, et elles ne sont pas les seules dans ce cas. Mais tant qu'elles ne choisiront pas de l'enlever, les y forcer est stupide. Interdire à une femme majeure de faire quelque chose qu'elle dit faire par choix, et qui ne porte pas de préjudice à autrui, c'est faire acte de sexisme et de paternalisme, c'est la traiter comme une mineure perpétuelle. Seules les opprimés peuvent lutter efficacement contre l'oppression - "Ne me libérez pas, je m'en charge". Ne me faites pas dire ce que je ne dis pas, l'autonomie des luttes, ça ne veut pas dire que le féminisme n'est l'affaire que des femmes, ou qu'il n'y a rien que les blancs puissent faire contre le racisme.
Une chose est sure, c'est qu'on ne résoudra pas un problème profond, comme l'oppression globale et multiforme d'une moitié de la population mondiale par l'autre, en en interdisant l'un des innombrables symptômes.
ça me rend triste de voir tant de monde tomber dans le piège et se laisser avoir par Sarko aussi facilement. Heureusement qu'il y en a qui réfléchissent.
En m'arrêtant dans un magazin de journaux je vois que le #3 de Causette est sorti. J'avais déjà feuilleté les deux précédents. La couverture du premier montrait la photo d'une femme qui exhibe ses seins à la gueule d'un flic, et l'un des articles était un portrait pas trop victimisant d'une vieille pute. Pas de régimes, pas de crèmes anti-âge, pas de blabla psycho. Je l'avais pas acheté, c'était un peu cher pour moi. Mais quand j'ai vu que l'Edito de ce mois-ci dénonce le paternalisme de la psychose actuelle sur le voile intégral et compare ce dernier à l'épilation intégrale obligatoire - le poil étant le thème du dossier de ce numéro - j'ai décidé de l'acheter. J'ai commencé à le feuilleter, c'est un poil hétéronormé par moments, et un peu modéré sur le féminisme pour pas faire trop peur à la lectrice, mais je ne peux que soutenir l'initiative. Le mot féministe apparaît sur la couverture ! ça parle de contraception ! ça critique l'ultralibéralisme et les politiques sécuritaires ! En plus le numéro de ce mois-ci est sans publicité, ça repose les yeux. Youpi !
21 mai 2008
Sexe et race
Je vais écrire un article schématique et certainement balbutiant théoriquement (il est quand même 3h du mat') sur ces questions, et je vous invite pour compléter plus rigoureusement à lire Audre Lorde, Bell Hooks, Angela Davis, Elsa Dorlin, Judith Butler et Christine Delphy.
Mon article s'appuie sur les notes que j'ai prises durant une
intervention de Christine Delphy et Ghaïss Jasser en octobre 2006, et
diverses notes que j'ai prises durant diverses conférences et réunions de diverses
associations.
La conférence de Christine Delphy portait sur l'articulation entre sexe
et race dans le débat post-colonialiste sur le voile qui a eu lieu en
France, et plus particulièrement parmi les féministes, à l'occasion de
la rédaction de la loi Stasi sur la laïcité à l'école.
L'intervention, qui se déroulait dans le cadre du séminaire du CEDREF
"Mondialisation et réarticulation des
systèmes de sexe, de race et de classe : débats féministes" ,
s'intitulait "Antisexisme et antiracisme sont-ils contradictoires ? Le
cas de l'affaire du foulard en France" et s'appuyait sur l'article
"Antisexisme ou antiracisme ? Un faux dilemme" publié dans Nouvelles Questions Féministes dont elles sont respectivement co-fondatrice et membre du comité de rédaction.
Systématiquement, lorsque les questions de femmes sont abordées dans les médias ou dans le débat politique mainstream, c'est pour évoquer ce qui se passe de l'autre côté de la Méditerranée ou dans les banlieues. Excision, polygamie, burqa, tournantes... C'est chez les musulmans que ça se passe. Des arguments racistes de type "le patriarcat musulman est le plus dur
de toute la planète" sont répétés constamment, sous couvert
d'antisexisme. L'argument "droit des femmes" est utilisé dans le débat pour faire du voile le seul marqueur d'oppression sexiste, et stigmatiser la culture musulmane comme la seule culture machiste. Ce débat est relié dans un contexte plus large à la "menace islamique mondiale".
Le discours féministe républicain se borne à voir le sexisme chez l'étranger, chez l'autre, pour mieux nier sa réalité bien française, et tout aussi sordide. Ainsi lorsqu'on emploie des arguments anti-sexistes c'est pour mieux faire passer des idées racistes. Les femmes et les LGBT sont systématiquement utiliséEs contre les migrants, la France se place comme exemple et comme modèle de la modernité, de la liberté. La culture française est associée à ces valeurs, de manière hégémonique. Les usages discursifs qui sont faits de ces notions de liberté et de modernité servent à montrer la lutte pour la liberté sexuelle (des femmes, des LGBT) comme opposée, incompatible avec la lutte contre le racisme et l'islamophobie. Comme s'il fallait faire un choix, comme s'il y avait une contradiction entre antiracisme et antisexisme, comme si être féministe nécessitait d'être raciste, ou être antiraciste signifiait être sexiste. Comme s'il fallait choisir le racisme comme le moindre de deux maux. La question qui s'est posée aux féministes républicaines est donc "faut-il défendre les victimes d'oppressions sexistes ou les victimes d'oppressions racistes ?". Mais y a-t-il vraiment une incompatibilité, et ne peut-on pas refuser cette loi comme raciste tout en prenant en compte le sort des femmes musulmanes qui subissent des violences ?
En réalité il n'y a pas à appréhender ces "violences sexistes des banlieues" comme des violences marginales et radicalement différentes de celles que subissent d'autres femmes dans d'autres contextes socioculturels.
Il ne faut pas oublier que les oppressions se superposent et se recoupent, et que le racisme d'une loi islamophobe pèse également sur les femmes musulmanes qu'on prétend protéger. Une femme musulmane est opprimée comme femme et comme musulmane, les oppressions ne sont pas exclusives l'une de l'autre. Penser qu'il y a un dilemme entre défendre les femmes et défendre les musulmans, c'est penser que les victimes du racisme ne sont que les hommes de la race concernée. Si l'on admet que les femmes sont également racisées, alors on ne peut pas se poser la question de savoir si accepter une loi islamophobe pourrait épargner les femmes musulmanes.
Par ailleurs on considère que les "femmes des banlieues" ne sont opprimées que par les "hommes des banlieues". En réalité les "femmes des banlieues" sont opprimées en tant que femmes par tous les hommes, et en tant que non-blanches par tous les blancs. On place les femmes des banlieues comme victimes en tant que femmes uniquement, et de leurs hommes uniquement, alors qu'elles sont également opprimées en tant que non-blanches par des femmes et des hommes blancs. Elles sont placées comme victimes, plus victimes que les autres femmes, les femmes françaises libérées qui ont décidé de venir à leur secours.
Ce n'est pas aux femmes, à toutes les femmes, que ces propos soi-disant anti-sexistes s'adressent, mais aux hommes considérés comme les seuls sexistes, les hommes immigrés, en exonérant, en absolvant les "français de souche". Les femmes de banlieues sont constituées sur un mode colonial comme "autres", comme différentes et inférieures, elles sont infantilisées : peu importe leurs raisons de porter le voile, on leur enjoint de s'émanciper comme il nous semble bon. C'est une loi qui est raciste envers elles, et non seulement envers leurs hommes. Dans la condamnation du sexisme des hommes musulmans et l'infantilisation soi-disant protectrice des femmes musulmanes, il y a une sorte d'invitation implicite à trouver pour conjoint un français de souche, un mari non-sexiste. Comme si le sexisme n'avait pas existé en France avant l'arrivée des immigrés. Les violences sexistes commises par les hommes français et la société française sont minimisées, considérées comme des accidents ou des exceptions ou le fait de personnes marginales, et non une donnée culturelle profonde.
A présent que ces femmes sont sur le sol français, elles vont enfin découvrir quelque chose qui n'existait même pas en imagination sur leur sol d'origine : l'égalité hommes-femmes et la laïcité. C'est nier totalement l'existence possible de féminismes, de laïcité et de démocratie au Moyen Orient et au Maghreb. Pourtant dès le IXe siècle il y a eu des mises en places de la laïcité à Baghdad, pourtant il y a eu des éxégèses féministes du Coran, pourtant les femmes turques ont eu le droit de vote avant les femmes françaises... Les prétendues caractéristiques de la culture musulmanes sont essentialisées et figées dans le temps. On oublie le rôle que les gouvernements coloniaux ont eu dans la répression des mouvements féministes au Maghreb, le rôle des USA dans l'installation des Talibans au Moyen Orient. Les débats soi-disants féministes sur le voile s'inscrivent dans une entreprise globale de diabolisation de l'islam, et d'ailleurs le premier débat sur le voile a eu lieu pendant la première guerre du Golfe, et celui, plus récent, qui a explosé lors de la loi sur la laïcité à l'école, a eu lieu au début de la guerre en Irak. Ce n'est pas une coïncidence, l'islamophobie est organisée, et les questions de femmes sont instrumentalisées à ce dessein. Ainsi l'exemple de Taslima Nasreen a été utilisé pour justifier le racisme à l'encontre des musulmans.
Voilà, mon article s'arrête un peu abruptement car il est 3h40 et que je vais me coucher !
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